ashlon

Ashlon de H. Roy

À Aurora, chaque citoyen a sa place, mais une place se mérite.
L’avenir de Sigal, destinée à transmettre le Savoir, semblait tout tracé avant que sa sœur ne fasse une chute fatale. Contrainte de la suppléer au cœur de l’Essaim, le bras armé de la cité, la jeune femme de 18 ans est propulsée dans un univers impitoyable et lutte chaque jour pour se montrer à la hauteur de sa mission.
Lors d’une ronde, le destin met sur sa route un inconnu dont la présence sur le territoire est sans doute illégale. La loi voudrait qu’elle le dénonce, voire qu’elle le tue. Or, pour une raison obscure, Sigal n’est pas certaine de pouvoir s’y résoudre. Et cela pourrait lui valoir de très gros ennuis…

CE QUE J’EN AI PENSÉ

On pourrait croire à une simple romance et pourtant, l’univers construit par l’auteure nous plonge dans une société complexe aux règles bien établies et à la solidité éprouvée. Pourtant, dès les premières lignes, on comprend qu’une jeune femme pourrait bien venir briser les codes et mettre un bon coup de pied dans la fourmilière. Sigal — c’est notre héroïne — est loin d’être la jeune fille effacée que l’on imagine au départ. Certes, elle s’est résignée à jouer les remplaçantes pour sa sœur jumelle, accidentée et lourdement handicapée, à n’être qu’une roue de secours même aux yeux de sa propre mère et à subir les moqueries incessantes de ses camarades Élites bourrues et arrogantes. Mais contrairement à ce qu’elle laisse paraitre, elle n’est pas en reste lorsqu’il s’agit, au choix, d’envoyer une bonne répartie ou un bon coup de poignard !
La très jolie plume de l’auteure est un atout indéniable. La lecture est fluide et agréable, les pages défilent rapidement et on est vite happé par l’histoire. La construction des personnages est très soigné, de même que la société dans laquelle ils évoluent. Rien ne semble laissé au hasard, ni les castes, ni les évènements, ni même les pérégrinations de Sigal. Chaque sortie nous dévoile un peu plus de la richesse d’Aurora, ses couleurs, ses quartiers et ses habitants, mais également tout ce que l’auteure ne nous dit pas réellement. Une lecture attentive fait apparaitre les détails que H.Roy nous chuchote : la manière dont la vie s’organise dans une société post apocalyptique, la régression technologique au profit de le vie en communauté plus simple…

« Ton histoire est déjà écrite ; nul n’en connait la fin, car elle t’appartient. La Nuit venue, lorsque le moment de formuler tes Vœux arrivera, n’oublie pas ceci : dans l’obscurité, les fleurs périssent. »

Sigal n’est pas la seule à avoir piqué ma curiosité. Elle forme avec sa meilleure amie, Perle, un duo détonant. Si les deux jeunes femmes ont trouvé un soutien inébranlable l’une dans l’autre, elles sont également très différentes, ce qui les rend complémentaires. Perle semble si forte, si sûre d’elle qu’on la suivrait au bout du monde. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de la mère de Sigal, Néri. Tout en complexité, elle cache ses fêlures derrière une insensibilité de façade. Et quand bien même il serait difficile de cautionner son comportement, j’ai trouvé que c’est justement cette dualité, entre froideur et sensibilité, qui rend le personnage incontournable et qui nous donne envie de gratter le vernis pour découvrir ce qui se cache en dessous.
Évidemment, je ne peux pas parler des protagonistes sans citer le personnage éponyme, Ashlon ! Même si le roman est résolument tourné vers le féminin, quelques hommes sortent du lot et Ashlon ne fait pas exception. J’étais moins sensible à son charme que je m’y attendais, peut-être parce qu’il est un peu caricatural : beau, musclé, fort et tatoué, le bad boy par excellence qui cache des blessures du passé. Un vrai personnage de new romance, et on ne va pas se mentir, c’est du vu et revu. Malgré tout, son personnage fonctionne parce qu’il est mis en valeur par celui de Sigal, qui lui donne la réplique. Sans cela, j’aurai même pu me demander pourquoi il avait donné son nom au roman…

« De quel droit…? je persifle, les yeux brûlants de colère. Ce qui s’est passé entre nous ne t’autorise pas à me parler sur ce ton, ni à t’immiscer dans ma vie. Tu n’es pas en terrain conquis, ici, Ashlon, et je ne suis pas ta soumise. Tu n’as pas d’ordres à me donner. »

Sigal évolue dans un univers où les femmes représentent le pouvoir suprême dans toutes les strates de la société. Ainsi, et c’est ce qui m’a de suite séduit, ce sont elles qui dirigent et constituent l’armée et ses corps d’élite, la justice et le savoir, le tout sous l’œil avisé d’une souveraine. Lorsqu’on s’enfonce dans l’histoire, on peut facilement se demander pourquoi une société matriarcale qui à l’air de fonctionner convenablement laisse encore les hommes avoir le dessus sur les femmes quand il s’agit des relations qui les lient ! Mais, même si tout ceci m’a hérissé le poil sur le moment, j’ai compris avec le recul que la force du récit de H.Roy résidait justement dans la justesse de la société qu’elle a imaginé. Pourrions nous vraiment croire en un état dirigé uniquement pas des femmes dans lesquels les hommes seraient soumis et rabaissés au rang d’objet ? Eh bien non parce qu’il ne peut en être ainsi. Ce n’est pas comme cela que ça se passerait, pour la simple et bonne raison que les femmes ne sont pas des hommes. En réalité, toute société a ses failles, ses faiblesses et ses compromis. Il fallait donc laisser aux mâles l’occasion d’exprimer leur virilité dans un semblant de dominance et c’est à cette fin que les unions sont extrêmement codifiées.

« C’est notre soumission ! je soutiens en mettant l’accent sur toute la perversité de ce mot. Les Vœux… une sombre mascarade destinée à nous garder sous leur joug grâce au contrôle des naissances, tout en s’assurant l’attachement des Natifs à qui elles nous livrent en pâture pour compenser leur frustration en flattant leur virilité ; un pouvoir contre un autre, j’affirme. Alors pardonne-moi de ne pas me réjouir d’être un lot de consolation. »

J’ai tout de même ressenti quelques frustrations durant ma lecture, rien qui ne me fasse regretter d’avoir ouvert le livre, mais j’avais envie de les partager quand même. La première concerne le format. Peut-être suis-je trop habituée aux sagas, et mon avis s’en trouve biaisé, mais j’ai eu très envie de découvrir ce qui se trouve au delà des frontières auroriennes, à Hystéria mais surtout à Auster ! Et lorsque j’ai refermé le livre, et compris qu’il n’y aurait pas de suite, j’ai ressenti une lassitude à l’idée de ne jamais rien connaitre de l’univers si riche que H.Roy rend pourtant si attirant !
Une autre de mes frustrations concerne le personnage de Perle que j’ai aimé de bout en bout mais qui disparait trop brutalement à mon sens. J’aurai aimé en savoir plus sur la suite de son parcours, après les Vœux et avant le départ de Sigal. Quelques pages supplémentaires ne m’aurait vraiment pas dérangés !
Enfin, last but not least, j’ai eu beaucoup de mal à digérer la scène de la première fois de Sigal… Il faut déjà se faire à l’idée que les deux protagonistes tombent dans les bras l’un de l’autre assez abruptement, mais si on ajoute à ça une première fois qui se déroule comme un charme, je suis navrée mais NON ! Le temps de lever les yeux au ciel une bonne dizaine de fois, je suis sortie de ma lecture sans pouvoir y revenir de suite et ça c’est dommage. Bref, en faire moins ou ne pas mettre les détails auraient sans doute été suffisant pour moi.

« L’Aura, dans son extrême générosité, t’a dotée de la grâce, de la ruse et de la beauté. Ne sous-estime pas ces dons, ils sont la clé de voûte du pouvoir. […] Chaque homme a ses faiblesses, Sigal, reprend-elle dans un doux murmure maternel, comme une berceuse. Exploite-les. Deviens sa faiblesse, et il mettra le monde à tes pieds. »

Malgré quelques grincements de dents, j’ai passé un très bon moment à Aurora. Ashlon est le premier livre à quitter ma PAL du Books to clean challenge, et je suis contente d’avoir commencé sur une bonne note avec cette excellente lecture ! Qu’importe si vous cherchez à lire une romance, une dystopie ou un roman fantasy teinté d’exotisme, vous trouverez votre bonheur entre les pages de ce beau roman !

Titre : Ashlon
Auteur : H.Roy
Genre : Dystopie
Nombre de pages : 380 pages
Date de sortie : 03 avril 2019
Prix : 13,90€
Éditions : J’ai Lu Éditions

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